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Retour sur un gros été pour le rap montréalais

L’été est terminé depuis un bon moment. Notre chroniqueur ASMA a donc pensé faire un léger, mais long retour sur ce qui s’est passé dans l’univers du rap montréalais durant la saison estivale. Des controverses sur les médias sociaux, au succès en salle, en passant par les interventions policières, l'été fût définitivement mouvementé. Maintenant que la saison des manteaux est bel et bien arrivée, il faudrait revoir ce qui a eu lieu la tête un peu plus reposée.



Solo gang


L’été 2017 fût l’été des MC's en carrière solo, outre les projets anticipés de KNLO, Brown et le retour de Eman x Vlooper, c’était l'occasion pour les fans de rap d’évaluer les résultats des expériences solo de plusieurs artistes...

Lary Kidd a grind dur en offrant un spectacle méticuleusement orchestré sur plusieurs scènes à travers la province présentant son opus Contrôle. L’approche éclair du EP New Phone de Loud a elle aussi porté fruit avec un reach impressionnant en Europe et une croissance exponentielle dans les visionnements YouTube. 56k est sans contredit le hit de l’été.



Le EP Ps: Merci pour le Love de Yes McCan fût très bien reçue par la critique. Avec un spectacle sold out au renommé MTelus, les Dead Obies ont définitivement le vent dans les voiles. En plus, le projet solo de Joe Rocca devrait sortir avant la fin de l’année. Il y a également des rumeurs qu'OG Bear concocte sa propre sortie solo.

Disons que le résultat de ces aventures a procuré un vent de renouveau à la scène et que la qualité a visiblement été au rendez-vous.


Des sorties notables



D’importants projets francos et anglos ont également paru cet été et nous avons voulu souligner les incontournables. « Stereo », l'album des rappeurs Sam Faye et D-Track a été une agréable surprise de par sa simplicité et son aise d'écoute. La paire signe la majorité des productions et a aussi fait appel aux producteurs Dr. Mad et RU, en plus du vétéran DJ Horg pour le mix. La qualité des rimes et l'approche directe des textes font de l'album un exercice rap 101 très bien exécuté. La chanson Pousse prouve que les MCs s'adaptent aisément aux beats hard et la track Limonade (prod. Dr.Mad) ramène la saison estivale en l'espace d'une chanson. D'ailleurs, nous avons ouï-dire que D-Track travaille encore avec Mad pour son prochain projet solo. Les deux semblent se complémenter à merveille.



Les 13 Salopards, quant à eux, ont su perfectionner leur formule avec le solide Chroniques du Capitaine. Chaque membre arrive à briller à sa manière et les MC's contribuent à leur style unique afin d'y produire un album cohérent et accrocheur.  Avec les vidéos léchées de Tipsy et No Xanax, une série de bons projets solos ainsi qu'une présence scénique indéniable, les Salo mettent toutes les chances de leur côté pour que 2018 soit leur break-out year.



Parlant d'étoile montante, Fouki a su mettre sa marque sur l'été 2017 grâce à la sortie de Pre-Zay avec son éternel acolyte Quiet Mike et des singles qui frappent fort. Pensons au vidéoclip Gayé qui nous transporte littéralement dans un party au Parc Lafontaine. En multipliant les shows, Fouki semble être sur une impressionnante lancée et si Pre-Zay n'est qu'un preview, l'album complet en sera très certainement tout un. Au passage, il faut mentionner la prestance de Kevin Na$h qui fait lui aussi son chemin et pourrait devenir un acteur de ralliement entre les scènes anglos et francos dans un futur proche.



Du côté anglophone, les sorties de Ceasrock, KGoon et Flawless Gretzky ont été assez marquantes. Ces albums vastement différents ont pu démontrer le large spectrum du street rap anglo de la métropole.

KGoon a amené un produit avec une bonne finition. Le flow demeure puissant mais est quelques fois un peu unidimensionnel. Toutefois, un single comme Goonie Gang peut accoter n'importe quelle chanson sortant d'Atlanta en ce moment et on nous assure que son prochain album sera d'autant plus retentissant.



Flawless Gretzky est une véritable machine et ne cesse d'enregistrer depuis sa sortie du pénitencier. Sa pièce They Mad augurait bien et on ne s’attendait pas à une mixtape aussi bien produite et aussi complète. Visiblement, sa signature sur Make it Rain Records (filiale de Bonsound) a su le motiver. La chanson titre H.I.M avec un Demon D.O.A en pleine forme est probablement l'un des hits de l'été.



Finalement, le vétéran Ceasrock a présenté un des albums rap les plus peaufinés à sortir de Montréal depuis longtemps. Travaillant uniquement avec un producer (Prince Club), le rappeur a usé de toutes les armes de son arsenal : pièce d'art unique pour chaque chanson lors d’une exposition/lancement ou encore une collection de vêtements sous le thème de l’album. L'album a donc suivi la complexité de sa démarche artistique. Malgré les ornements, le projet est vraiment solide, personnel et gagne à être découvert sous toutes ses facettes.


A milli



La chanson 56K du rappeur Loud a atteint en moins de 6 mois le million sur Youtube. Cet été, le cap symbolique fût également traversé par Dead Obies, Enima, White B et Souldia. Les chiffres parlent et ces résultats médiatiques s’imbriquent naturellement dans ce que certains appellent le 2e âge d’or du rap québécois. L’intérêt des médias généralistes, des programmateurs culturels et des festivaliers risque de continuer de se faire ressentir. Puis, avec les belles foules qu’ont attirées plusieurs groupes hip-hop et rappeurs québécois cet été, les choses ne font que commencer.

Il est important de noter les power moves qu’ont exécutés les labels JoyRide Records et Coyote Records en signant une entente de distribution avec Universal et les efforts de la filiale Make It Rain du label Bonsound qui semble accorder une place de choix au talent anglophone de la ville. Tirons aussi notre chapeau aux artistes indépendants, dont la machine a roulé à plein chevaux.

Malgré la situation juridique d’Enima, ses chiffres de streaming laissent présager un véritable ouragan lors de la sortie de son prochain projet qui sera un debut album. Le prompt rétablissement de Izzy-S, la sortie de pénitencier imminente de Lost et le retour de Colo et CDX donnent aussi des raisons d’espérer la poursuite de l’éclosion du street rap québécois.


Bruxelles-MTL-Dakar



Plusieurs connexions internationales ont eu lieu cet été avec Ville-Marie comme épicentre. Que ce soit à travers les festivals MURAL, Francos ou simplement par l’initiative de voyage des artistes, la métropole a servi de lieu de rencontres et de tremplin à de potentielles collaborations internationales. Dead Obies, Alaclair Ensemble et Clay and Friends ont tous entrepris des tournées européennes qui seront rapidement reproduites à l’automne. D'ailleurs, Dead Obies est déjà sur les lieux. Monnaie, le dernier single du groupe a même été enregistré au Studio de Grandeville en banlieue de Paris.



La ville lumière a souvent la cote auprès des artistes de la belle province, mais l’été 2017 fût dominé par une présence Bruxelloise : Jean-Jass, Caballerro, Krisy De la Fuentes, Roméo Elvis, en plus du Bruxellois par adoption Lomepal ont tous foulé les scènes montréalaises et ont pour la plupart fait salle comble. Les Belges dominent de plus en plus les ondes en France et la dynamique Qubec/USA est reproduite d’une certaine façon et émergera possiblement dans l'immense marché en France.

Pour ce qui en est du Sénégal, l’été fut bondé de liens avec le Québec. Richman et le rappeur d’origine sénégalaise Lil Deezy (tous deux faisant partie des 13 Salopards) ont fait un séjour à la capitale Dakar où le réalisateur MOB a filmé des vidéos pour des artistes locaux. Les deux rappeurs ont également enregistré le EP Roadtrip qui offre des collabos avec Jean Jass et Mike Shabb




Sarahmée, elle-même d’origine sénégalaise, a participé à un festival hip-hop avec le support de la délégation du Québec qui a aussi reçu le trio montréalais Strange Froots.

Finalement, Sam Faye, aussi d'origine sénégalaise, et DJ ASMA travaillent actuellement sur un mix de rap dakarois. Si on pense au nombre d’étudiants et de citoyens canadiens en provenance de la terre de la Terranga, les collabos DKR-MTL ne devraient qu’augmenter dans les temps à venir.

Bref, les connexions entre artistes sont particulièrement efficaces dans le monde du rap et ceci marque bien les aspects positifs de l’été car, d’un autre côté, les questions culturelles sur les médias sociaux dans le monde du rap montréalais n’ont pas toujours été roses durant les mois estivaux de 2017.


Médias sociaux et réappropriation



Cet article sur la sortie de Dice B et la réponse éloquente d’Obia le Chef résument bien un statut facebook qui a mis le feu au poudre cet été. L’animateur de Nuit Blanche, qui vient tout juste de lancer un nouvel album, a très mal réagi à une prestation d’Alaclair Ensemble aux Francos. La question sur la validité de sa critique, de son argumentaire ainsi que du timing de ce dernier (Alaclair est en tour pour son dernier album depuis plus d’un an et le clip de Sauce Pois n'est pas très récent) se pose. De plus, avec les invitations de personnages controversés comme Normad Bratwhaite à son émission, ce n’est pas la première fois que Dice enligne indignations et coups d’éclats médiatiques. Il semble en effet que si les médias généralistes analysent mal le rap québécois par faute de recherche ou d’intérêt, certains médias communautaires sautent aux conclusions sans se concentrer sur l’histoire ou la discographie du groupe. Ce qui est ironique, car c’est une attitude qui est souvent propre aux détracteurs unilatérales du rap.


Annulation-gate



L’annulation d’un spectacle de Rymz et Mike Shabb à Sherbrooke suite à la recommendation de la force de police a beaucoup fait couler d’encre cet été. Néanmoins, ce n’est qu’un ajout à la longue liste d’annulation de concerts pour des raisons nébuleuses similaires. En effet, KGoon, White-B et Enima - pour ne nommer qu’eux, ont été victime de ces obstructions de la justice dans l’arène culturel. Il est risible de croire que la police pourrait avoir une opinion sur les styles musicaux digne d’acceptation par la populace, mais l’invocation des foules ‘’douteuses’’ et des individus ‘’suspects’’ à plus de répercussion qu’un simple remboursement de billet. Somme toute, on (ré)assiste à une certaine criminalisation du rap et, encore une fois, le Québec se retrouve à des années lumières de nos voisins du Sud à cet égard. En plus de l’impact négatifs sur la réputation des artistes, de telles accusations nuisent aussi aux booking futurs et affectent les revenus financiers des musiciens à plus long terme que le changement de date ou de salle.

Somme toute, l'été a été très agréable avec tous ces bons sons et la saison hivernale risquent également d'amener son lot de nouvelles sorties qui sauront probablement réchauffer nos oreilles en dessous des tuques enneigées.



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By: ASMA

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