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Maybe Watson - Maybe Watson

On ne pourra jamais accuser Olivier Guénette d’avoir mis au monde un personnage unidimensionnel dans le hip-hop québécois. Drôle, bizarre, imaginatif, coloré, fou freestyler, font partie des nombreux qualificatifs entendus pour décrire le phénomène de ville Saint-Laurent.



Membre original du collectif K6A et d’Alaclair Ensemble, Maybe Watson offre à la communauté hip-hop et au grand public son premier effort solo sous l’étiquette Abuzive Muzik. D’abord, quelques mots sur la couverture de l’album. Celle-ci est une belle carte de visite rappelant la pochette du retour à la 36e chambre du vieux bâtard sale (R.I.P ODB). Alors que la carte d'identification de Russel Tyler Jones lui permettait de bénéficier de coupons alimentaires, Maybe Watson se présente au Québec avec sa carte d'abonné de la bibliothèque municipale de Saint-Laurent, démontrant sa soif inassouvie de savoir ... Ainsi, l’aspect ludique et mong du rap jeu sont définitivement présents dans l’univers disjoncté de cet hurluberlu. Musicalement, il faut de quoi de solide pour ne pas aliéner les auditeurs. Les gros synthétiseurs, issus de la production de Mash, complètent à merveille la douce folie de Watson. Parmi les nombreux bangers de Mash, le morceau « Peau de serpent » me pousse à faire un Claude Rajotte de moi-même et dire que ça sonne comme un tonne de brique!

Malgré la présence de pièces un peu moins enivrantes, « Podrole » et « 3 heures et quart », l’album regorge de bons morceaux dont certains nécessitent plusieurs écoutes afin d’apprécier la subtilité des rimes. Par exemple, dans la chanson « Mange un char », Watson dit : à dos du minotaure/ je réanime les dinosaures/Goofy «blurp » Welldone/ devient famous pendant une seule phrase ! Retournant dans le passé hivernal québécois, « Snowlove» (sorti sur le Web en 2006) met également de l’avant cette aisance déconcertante de la part de Watson à créer une mélodie franglaise ridiculement attachante.

Au niveau des collaborations vocales, Eman et Claude (Accorphone), Koriass, Kenlo, Jam & P-Dox et Ogden (Alaclair Ensemble) viennent ponctuer les délires lexicaux de Watson. À cet égard, la pièce « Props » avec Koriass et Eman se démarque tant au niveau des textes qui décrivent bien la réalité de la scène locale que de la musicalité nostalgique qui en émane. Par ailleurs, les refrains chantés de Claude Bégin appuient intelligemment le style watsonien sur « Suzanne » et « T’es pu mon ami ». Par contre, c’est le dernier morceau de l’album qui vole le spectacle. Malgré l’abondance de « quotables » tant par Watson qu’Ogden, le prix va à Koriass qui conclut la pièce en disant : Wats est beau, mais si je voulais du cash des hoes/je me partirai un boys band avec Mash pis Claude!

En somme, cet album est très représentatif de la personnalité éparse de l’artiste. Entre Mektoub et autodérision, ce projet a le mérite de connaître et respecter les icônes du hip-hop américain (écouter « T’es pu mon ami » et « Truberly» ) et de se les approprier à la sauce montréalaise. Donc à ceux qui entretiennent des idées chimériques sur le français à Montréal, je les invite à suivre les indications phalliques de la chanson « PS ».



By: Ghetto Érudit

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