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Agua Negra: dur, sombre et organique

Pour ceux qui suivent la carrière de Paranoize et de El Cotola du coin de l’œil depuis quelques années, le premier album éponyme du nouveau groupe hispanophone de Montréal Agua Negra, représentera une très agréable découverte. Le projet est arrivé de nulle part et les privilégiés qui pourront apprécier la musique et les paroles seront choyés.



HHQc n’a pas l’habitude de couvrir des projets dans d’autres langues que celle de Molière, mais ce projet mérite toute notre attention. Heureusement, je suis bien placé pour apprécier la totalité du projet car je peux à la fois comprendre d’où proviennent leurs influences, mais également analyser et apprécier l’écriture de ce premier opus qui nous promet de très belles choses pour le groupe. Je vous convie à la découverte d’un duo qui représente l’une des communautés les mieux intégrées et présentes dans le rap montréalais, la culture latino, qui depuis des années continue à faire son chemin malgré la barrière linguistique. Ces deux vétérans de la scène locale ont ici offert leur meilleur travail à ce jour!

Cet opus requiert une écoute attentive. Les prouesses des deux MC, Paranoize et El Cotola, atteignent un niveau de complexité extrêmement mature. Il ne s’agit pas que d’un simple enregistrement voué à vous faire bouncer. Évidemment, la qualité de la composition générale vous fera craquer les cervicales du début à la fin des 15 titres, mais la puissance de cet album réside dans l’équilibre entre les flows, les mélodies vocales, la technique et les textes qui sont porteur de sens. Sans vouloir trop m’attarder sur les textes et les images que les deux MC (car nombreux parmi vous ne pourront pas analyser cet aspect) nous offrent à travers leurs punch lines et grands thèmes (la spiritualité sur Padre, la lutte à l’injustice que subit le peuple Latino-américain depuis des siècles sur America, les relations amoureuses douloureuses sur Te extrano), je tiens à souligner l’excellent travail du duo sur cet aspect souvent banalisé par les groupes capables de nous entretenir avec leurs flow et qualités musicales. Ici, le travail est global. On nous transporte dans un monde où la production musicale est travaillée, soignée et où la direction artistique a été clairement dirigée, mais qui ne fait pas d’ombre à l’écriture des deux MC qui cherchent malgré tout à passer une panoplie de messages.

Sur le plan des compositions, El Cotola peut désormais être qualifié de maître. Les compositions sont planantes et nous transportent sans difficultés dans les profondeurs de l’univers Agua Negra. Pour les amateurs de rap organique, El Cotola nous a concocté un petit bijou à ce niveau. Ceci est d’autant plus intéressant quand on réalise l’immense talent que possède Paranoize, qui une fois de plus démontre être l’un des talents les plus brutes dans le Hip Hop de Montréal. Sa polyvalence vocale est impressionnante et il semble posséder des saveurs sans limites.

Au niveau des collaborations, soulignons le travail de Carlos Guerra et de Boogat qui ajoutent tous les deux leurs touches uniques sur Abran paso et Ya lo vi.

Je conseille cet album à tous les grands amateurs de Hip Hop qui sauront faire fi de la barrière linguistique afin d’apprécier l’œuvre musicale, aux amateurs de rap dur, sombre et organique


Band Camp de Agua Negra



By: Carlos Brigante Munoz

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