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Entrevue avec Diam's

Allo ? Tu m’entends ? Salut, c’est Diam’s !’ Je reconnais tout de suite cette voix roque. Cette voix forte et féminine à la fois. Mélanie Georgiades porte presque à elle seule le poids du rap féminin en France.



Pourtant, ce poids ne lui pèse pas, elle a déjà trop vécu pour être écrasée par une telle pression. Cette fille a la rage, elle a la haine. Ça s’entend dans sa voix, c’est palpable dans ses chansons.

Son nouvel album est dans les bacs en France depuis février 2006 et l’onde de choc est épatante, 60 000 copies vendues dans la première semaine, et 315 000 depuis. Dès les premières notes du disque, elle nous ouvre les portes de son univers et nous fait découvrir la femme qui se cache derrière la rappeuse. L’album s’intitule Dans ma bulle, c’est clairement un titre qui suppose une grande intimité. « Cet album est une invitation dans mon monde », a-t-elle lancé au téléphone, assise au fond d’un taxi parisien.

À l’autre bout du fil, je découvre une fille sympathique, posée, intelligente qui n’a pas laissé les drames de sa vie faire d’elle une victime. Diam’s semble avoir assumé sa personne et son vécu : « Tu sais, c’est la vie, c’est comme ça, la musique est avant tout un geste égoïste, c’est très thérapeutique pour moi de tout faire sortir comme ça », avoue-t-elle. Je lui demande si elle ne trouve pas ça angoissant de s’ouvrir ainsi au monde, de se mettre à nue et être scrutée de tous. « Je contrôle ce qui passe et ce qui ne passe pas, alors c’est vraiment un choix conscient que je fais quand je partage mes expériences. Et si avec ça je peux aider quelqu’un qui vit la même chose, alors ça vaut la peine », répond-elle avec assurance. Bref, elle a le contrôle sur ce qu’elle divulgue. Écoutez l’album, elle en révèle pas mal ...

Née à Chypre, d’une mère française et d’un père chypriote, elle arrive en France en 1983. Après avoir vécue en banlieue de Paris, Miss débarque dans le 13ième arrondissement en 1995. À l’âge tendre de 16 ans, elle a été l’une des fondatrices du collectif Mafia Trece. Quand on roule avec les gars du 91 à seize ans, c’est qu’on a de la gueule. Je me demande si cette fougue ne lui vient pas du fait qu’elle a grandit sans son père. On apprend à se faire une peau dure quand papa nous laisse bredouille. Elle n’a pas encore fait la paix avec ça et elle en parle ouvertement : « Ce sont des cicatrices qui se referment trop lentement, mais paradoxalement, elles servent de moteur créatif », explique-t-elle. On se rappelle d’ailleurs de la chanson Daddy sur son dernier album Brut de Femme. Chez Diam’s, le mal de vivre et l’insécurité cohabitent avec la joie et l’espoir. Je la sens profondément reconnaissante pour tout son succès, mais ça ne lui ramènera pas son père. Diam’s veut une famille, des enfants. « Mais avant tout, je veux être en couple, je veux que mon gosse ait un père, c’est normal non ? », questionne-t-elle d’un ton plus défensif.

Elle ne semble pas embêtée par le label de ‘fille rappeur’. Elle parle de son titre accidentel avec un certain recule. « C’est normal, on n’est pas beaucoup dans le milieu, alors forcément les gens vont s’arrêter à ça », a-t-elle expliqué. Peu importe, le flow de Diam’s est tight et il y aucun doute, cette fille a un talent incroyable. À propos de l’accueil que lui réservent les autres rappeurs : « Tu vois les mecs ils s’en foutent, ils entendent mon flow, ils kiffent les musiques, et voilà c’est bon, c’est plus une question de sexe, mais de ce que je suis capable de poser sur un son », dit Diam’s. Son talent a d’ailleurs été reconnu avec le Victoire pour le meilleur album rap/hip hop en 2004 pour son album Brut de Femme. Elle a ainsi éclipsé Iam et Sniper, finalistes dans la même catégorie!

Le nouvel album de Diam’s est une combinaison de musiques bien réalisées, de textes conscients et profondément personnels. « J’ai travaillé avec plusieurs de mêmes réalisateurs que sur le dernier album et on voulait vraiment faire attention à la qualité des musiques », raconte l’artiste. Certaines des ses influences sont très marquées sur l’album. « Au début je kiffais trop NTM et dans le rap américain il y eut, entre autres, NWA, Public Enemy, et ensuite je suis retournée au rap français. Mais là quand Eminem est arrivé ça m’a changée. En ce moment chez les Américains c’est Kanye West que je trouve complément ouf. Je rêve qu’il réalise une de mes chansons, d’ailleurs il va être en même temps que moi au Festival de Vienne cet été, alors on verra bien », a-t-elle ajouté.

Le premier single s’intitule La Boulette. Sur un beat justement à-la-Dr-Dre, La Boulette aborde le sujet du climat social en France. Sur cette chanson, Diam’s aborde la problématique dans la perspective qu’il est important de s’amuser et simplement d’être jeune, malgré l’ambiance lourde qui règne. « Je trouve qu’il y a un gouffre communicatif entre les jeunes et le gouvernement, mais bon c’est pas dangereux en ce moment en France, je sais pas trop quelle vision vous avez de l’extérieur, mais bref les jeunes en ont marrent c’est tout, et là, ils gueulent et ils descendent dans les rues, mais ils ont raison tu sais », affirme la rappeuse qui a écrit plusieurs textes à ce sujet.

Diam’s nous promet un spectacle au Québec si on le lui demande. Alors je m’adresse aux gars de la promo : du haut de votre tour sur la Côte de Liesse, faites-nous plaisir, booker Diam’s pour l’été 2006 ! En attendant, son disque Dans ma bulle, sort le 11 avril partout au Québec et elle vient tourner son prochain vidéo-clip pour la chanson Jeune Demoiselle, à Montréal. Le succès de Diam’s me donne de l’espoir pour les rappeuses au Québec. J’ai envie de voir d’autres forces comme Dee et Yncomprize, j’ai envie qu’on les respecte et qu’on achète leurs albums. À vos mics les filles.

Soyez Grand(e)s

Peace
Safia



By: Safia

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