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Babylone et le Hip Hop

L’autre jour, j’ai entendu un jeune crier « fuck les baby ! » au coin de la rue où j’habite.



Je les observais, lui et sa bande de petits fouteurs de troubles habillés hip hop de la tête aux pieds, en me questionnant encore une fois sur la direction que prend notre culture hip hop. Pourquoi ceux qui y adhèrent semblent-ils se sentir forcés de glorifier le crime comme si cela était une condition nécessaire à l’expression hip hop ? Pourquoi le sexe, la drogue et l’argent sont-ils si souvent préférés aux thèmes de l’amour, de l’éducation et de la spiritualité ?

Puis, j’ai songé au mot « baby » que le caïd en question avait utilisé, un mot bien à la mode dans la communauté hip hop québécoise pour désigner la police. Il s’agit d’une abréviation de Babylone, une civilisation de l’Antiquité qui a occupé une très grande place dans l’histoire de l’humanité et qui est liée à l’un des plus importants passages de la Bible, Genèse 6 : 1-9 (la tour de Babel).

Wow ! Quoi de plus spirituel que l’Ancien Testament, une œuvre qui est à la base des trois grandes religions monothéistes (i.e. judaïsme, christianisme et islam) ! Serions-nous subconsciemment liés, par notre langage, à la spiritualité ?

Pourquoi cette référence à la civilisation de Babylone pour désigner les habits bleus dans les cultures hip hop et reggae ? On peut attribuer cette tendance au fait que Babylone, par son célèbre code de lois instigué par le roi Hammurabi, soit considéré comme le premier État légiféré. Le Code de Hammurabi (ou Hammourabi, ±1730 - ±1687 av. J.-C.) contenait 282 lois prévoyant des peines pour une grande variété de crimes, allant du vol à l’adultère. La justice babylonienne était basée sur le principe du talion (i.e. œil pour œil, dent pour dent), mais la sévérité des peines dépendait de la classe sociale de la personne prise en faute (homme libre, subordonné ou esclave). C’est en fait la raison pour laquelle, quoique considérée comme le premier système judiciaire, la législation babylonienne semble aussi avoir accentué les injustices sociales. Voilà pourquoi on emploie aujourd’hui le terme Babylone pour désigner la police corrompue.

L’expression est aussi à la base d’un concept central de la culture rastafari de Jamaïque, incluant le reggae, qui est hors de tout doute l’une des vertèbres de la colonne vertébrale de ne notre cher hip hop. D’un point de vue rastafari, Babylone, c’est plus spécifiquement l’historique structure de pouvoir impérialiste et coloniale européenne qui oppresse l’homme noir depuis des centaines d’années.

Selon la même logique, on peut voir la musique hip hop comme le langage des opprimés et Babylone, comme l’oppresseur, c’est-à-dire là où les forces de l’ordre deviennent des forces de désordre et appellent à la dénonciation. Certes plusieurs épisodes ont marqué l’histoire du conflit entre le hip hop et la police, dont certains ont même mené à des arrestations. Pensons notamment à « Fuck the police » (N.W.A., U.S. - 1988), « Paris sous les bombes » (Suprème N.T.M., France - 1993) et « Les gros seins de la police » (W. International, Issmo de Vasco et Boogat, Québec - 2003).

May Babylone fall and Jah bless !

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Par: KenLo Le Narrateur

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