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Hiphop Québécois à TVA

Vendredi passé (le 16 décembre), j’ai été invité à l’émission TVA en direct.com avec quelques autres représentant du mouvement hip-hop de Québec : Francis Duperron (Les Arshitect du son/ Chyz 94.3), des mcs du CEA, les b-boys de Floor Control et un vendeur de chez Archambault.



On était là pour parler de la situation entourant la venue de 50 cent à Québec. La semaine avant le concert, les différents médias et la police de la ville se sont mobilisés pour empêcher le rappeur de débarquer. C’est comme si le gars venait pour poser des bombes. Partout dans les journaux, dans les radios et à la télé, les policiers lançaient des mises en garde aux parents comme quoi le show allait être un lieu de règlements de compte des gangs de rue etc… Ils ont surfé sur la vague de la violence et de gangs; disant que c’était le type de musique que ces gens écoutent. Tout le monde est parti en peur avec la venue de 50 cent ici. Ils ont tous parlé de son passé tumultueux et de ses lyrics gangsta et comme quoi que la jeunesse était influencée par lui.

Donc, c’est dans ce contexte qu’on a été invité, pour démystifier le hip-hop au sein du grand public. Pour une fois, un média s’est penché sur le sujet en demandant l’avis à des gens du milieu. L’entrevue s’est bien déroulée et l’animateur semblait intéressé. Lui-même dit en écouter quand il fait son jogging. Il comprenait que, même s’il en est le plus gros vendeur, 50 cent n’est pas le hip-hop et il y a beaucoup d’autres facettes à ce mouvement. On a aussi parlé du fait que la violence et le sexe vendent et que 50 ne serait pas là où il est sans avoir la Machine derrière lui. C’est du business et de l’entertainment. Pour ce qui est de Québec, ça fait un bout de temps que la police tente d’instaurer un climat de terreur en parlant de gangs de rue dans les médias. Il a fallu mettre les choses au claire à ce niveau aussi : il n’y a pas de gangs de rue à Québec, c’est pas les US, ni TO, ni Mtl. Il y a peut-être des p’tits jeunes qui chillent ensemble qui s’identifient entre eux; mais ça c’est un trip de jeunesse. Des gangs organisés criminellement avec des OG’s et des territoires etc… y en a pas. On a aussi établi le lien entre le cinéma et la musique; on écoute des films d’action où tout le monde se fait buter et ça jute partout, mais on ne peut pas écouter de la musique violente? Il y aussi le fait que le hip-hop est contraint d’avoir un message, mais quand tu regardes le rock ou n’importe quel autre style de musique, ils ne sont pas obligés d’avoir de message (checkez juste Éric Lapointe ou Ozzy Osbourne). Ce qui est drôle, c’est que les autorités se mobilisent parce qu’un Noir parle de violence, de drogue et d’argent, mais quand un Blanc parle de violence, de drogue, de Satan et mange une tête de chauve-souris vivante, c’est un artiste. Le hip-hop, c’est aussi une rupture générationnelle; un peu comme le mouvement hippie des années ’70, des gens différents écoutant une musique différente ne plaisant pas aux autorités en place. Avant même les hippies, Elvis avait été empêché de se produire à Toronto à cause de ses mouvements de bassin. Les Beatles ont aussi eût leur part de censure à l’époque. Ce qui est ridicule, c’est que les mêmes personnes qui se sont fait niquer dans l’temps (à cause de leurs choix musicaux) sont les même qui nous empêchent de bien évoluer aujourd’hui. Notre musique s’inscrit aussi dans un contexte socio-culturel : c’est un mouvement venant du gutter, du fin fond de la société et plusieurs personnes aimeraient qu’il puisse y rester. L’association ethnique au mouvement en rend plusieurs mal à l’aise : imaginez le père raciste qui voit son enfant débarquer habillé en Phat Farm et en chantant Negga please d’ODB. Bref, l’émission s’est bien déroulée et je crois qu’on a bien représenté pour le mouvement. Au début, l’animateur a posé la question si le HH était une mauvaise influence pour les jeunes : 68% disait Oui contre 32%. À la fin, 59% disait Non contre 41%.

Pour finir, je suis allé au show et j’ai trouvé ça chill. Ce qui m’a marqué, c’est le nombre de policiers présent au Colisée; je me demandais qui patrouillait la ville à ce moment là… C’était vraiment ridicule. La Ville n’a même pas voulu dévoiler combien elle avait engouffrée dans la sécurité cette soirée là. Une chance qu’il y avait beaucoup de flicaille : qu’aurait-on fait si des jeunes filles de 14 ans avait décidé de s’organiser et de foutre la merde… Il n’y avait vraiment personne de menaçant ce soir-là : pas de règlements de comptes, pas de gangs de rue, pas de violence. Encore une fois, la police de Québec nous a montré avec quel tact elle menait ses opérations.



Par: Webster

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