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De Thuggee à Thug life

Dans notre culture hip-hop, l’élément Thug est prépondérant et extrêmement présent : Thug life, Thugged out, Thug 4 Life, etc. Qu’est-ce que ça veut dire au fait?



C’est sûr que de notre côté, on sait c’est quoi un thug : un bum, un gars hardcore ou simplement quelqu’un qui en a rien à foutre. Mais l’essence du mot thug, ça vient d’où?

Le concept vient d’Inde et date d’il y a longtemps. Le mot thug (ou thuggee) vient du sanskrit sthag, qui veut dire cacher, dissimuler. Les thuggees étaient une secte qui vouait un culte à la déesse Kali, la divinité de la mort. Ils sont apparus au 13e siècle et ont été décimés vers le milieu du 19e siècle. La légende veut que Kali combattait un démon effroyable qui dévorait l’humanité au fur et à mesure de sa création. À chaque fois qu’elle le coupait, des démons similaires naissaient du sang qui tombait sur le sol. Kali façonna deux hommes avec de la terre et sa sueur et leur donna un morceau de linge, leur enseignant comment tuer les démons sans perdre une goutte de sang. Pour les remercier de leur aide, elle permit à ces deux hommes de continuer cette tradition de strangulation en son nom. Depuis ces temps immémoriaux, les descendants thuggees célèbrent ce mythe fondateur en l’honneur de Kali (aussi nommée Bhowani) en étranglant et volant les richesses des gens qu’ils rencontrent sur les routes peu sûres de la campagne indienne.

Les thugs étaient divisés en bandes, plus ou moins nombreuses (10 à 50 personnes, parfois plus). Il pouvait arriver que certaines bandes fusionnent le temps d’une expédition. On y trouvait des hindous et des musulmans, de partout à travers l’Inde. Ces gens menaient une vie normale et rangée 11 mois par année; le 12e, ils partaient avec leurs confrères de cette société secrète (avec son propre langage et ses signes distinctifs) et ils allaient à l’encontre de voyageurs naïfs. Puisque les routes étaient dangereuses, c’était toujours plus sécuritaire de voyager à plusieurs; c’est pourquoi les bandes de thuggees trouvaient souvent des voyageurs auxquels il était facile de se joindre. Les thugs étaient de bons conteurs et animaient toujours leurs « hôtes ». Tranquillement, ils choisissaient et se disposaient autour de leur proie, souvent à deux ou trois thugs par personne, pour être sûr d’avoir l’avantage numérique. À un signal donné, on tenait les membres des victimes et une personne l’étranglait avec un rumal (linge jaune de strangulation). Ensuite, on les délestait de leur bien pour ensuite les enterrer dans un endroit prédéterminé. Puisque les voyages étaient long à l’époque, une personne n’étaient portée disparue que longtemps après les faits. Les femmes, les membres des castes au bas de l’échelle sociale et les religieux (ou saints hommes) étaient habituellement épargnés. Les enfants étaient adoptés par les thuggees et élevé dans le culte.

Un jeune initié devait gravir les échelons de la secte avant de pouvoir être un bon exécutant. Chacun avait son rôle à jouer : reconnaissance, surveillance, creuser les trous, tenir les membres, étrangler… Après le meurtre rituel, un thug prenait les vêtements de sa victime afin de se faire passer pour un étranger et la bande repartait à la recherche d’un autre groupe de voyageurs. Ils procédaient comme ça pendant plusieurs kilomètres jusqu’à ce que ce mouvement de chasse soit arrêté et que tout le monde rentre chez soi. Souvent, la femme d’un thug ne connaissait pas les activités meurtrières de leur mari. Au 19e siècle, pendant la colonisation britannique de l’Inde, les thugs furent chassés par les Anglais sous les ordres du capitaine William S. Sleeman. Entre 1826 et 1855, 3 000 personnes furent arrêtés. De ce nombre, 1562 seront accusés d’appartenir au culte. Parmi ceux-ci, 328 sont pendus, 999 sont déportés, 77 emprisonnés à vie, 71 enfermés pour des périodes plus courtes, 31 meurent en prison avant d’avoir reçu une sentence, 11 s’échappent et 21 sont acquittés. Dans le Livre des records Guiness, les thuggees y sont inscrits comme responsables de la mort d’environ 2 000 000 de personnes. Un thug prolifique pouvait tuer plus de 1 000 personnes dans sa carrière religieuse. C’est à cette même époque (19e siècle) que le mot thug entra dans le vocabulaire anglo-saxon, il désignait des gens de peu de foi qui commettaient vols ou meurtres sans questionnement moral.



Par: Webster

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