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Mc La Sauce - Société parfaite

Dans un monde parfait cet album aurait vu le jour en juillet 2007 ou en juillet 2008. Les aléas de la vie et les politiques de l’industrie musicale québécoise ont sûrement causé le report de ce projet qui faisait parler de lui dès ses premiers balbutiements à l’époque où My Space était le shit! En effet, l’ascension fulgurante de Mc La Sauce a pris beaucoup de gens par surprise, dont la principale intéressée, et mérite quelques lignes à saveur historique avant de critiquer l’album.



Il y a environ quatre ans, la native de Val d’Or générait un tel buzz sur Internet, qu’il était devenu impératif dans ce rap-jeu de se positionner par rapport au phénomène « La Sauce ». Cet engouement se quantifiait tant par le nombre d’écoutes très impressionnants sur My Space que par ses chansons qui se sont rapidement hissés dans les palmarès des radios universitaires. Sa participation aux Francofolies, aux soirées du Hip-Hop Dépendant et ses nombreuses collaborations avec les grosses pointures du rap québécois témoignaient déjà de son impact sur la scène locale. Il ne restait que la sortie de l’album pour consolider sa place dans le paysage musical québécois.

En 2011, que dire de l’album « Société parfaite »?

Point de vue sonore, Chafiik (Loco Locass) demeure le maître d’œuvre derrière « Société Parfaite » et ses productions évoquent souvent l’influence électro-rap très tendancieuse des dernières années. Sur la pièce éponyme, les fans et les nouveaux auditeurs sont rapidement initiés au personnage de Mc La Sauce. Un beat penchant vers l’électro avec un flow rapide composé de rimes à la fois vulgaires et ludiques; voilà ce qui définit grossièrement l’artiste. Les pièces « Grosse Face », « Touche tes souliers » et « F**k you estie » entrent dans cette catégorie. Parlant de « F**** you estie », celle-ci demeure aussi percutante qu’à l’époque et reste l’une de ses meilleures chansons à date. Par ailleurs, la pièce « Good Night » feat. Buzzy Bwoy est autre banger certifié démontrant l’intemporalité de certaines productions de Chafiik.

Mais qu’est-ce qui distingue Mc La Sauce des autres females mc’s? D’abord, c’est son sens de l’humour cru et assumé, relativisant ce qui est socialement considéré tabou. Celui-ci atteint des sommets dans la pièce « In da bus » lorsqu’elle raconte en détail les pires spécimens de la STM sur un beat signé Dracq. Cependant, l’apothéose de l’humour « saucien » reste « Chocolate Man » où elle amène les délires interraciaux en dehors du livre du Kamasoutra. Sur une note plus sérieuse, Mme Saucier verse également dans l’introspection au sujet d’une ancienne relation amoureuse. La chanson « Jonentends Rien » contraste avec le reste de l’album, par son côté touchant et mélodique. Il est dommage que d’autres pièces plus « sérieuses » ne figurent pas sur l’album, car cela aurait permis de montrer aux sceptiques qu’il réside une intelligence créative derrière les paroles prises au premier degré.

Somme toute, certaines pièces sont plus agréables à voir en spectacle qu’à écouter dans son ipod. C’est le cas pour « Mode de vie », « Top Miss », « Criss qu’y a du monde cave » et « La Sauciation ». Étant un média qui a suivi le cheminement de sa carrière et ayant écouté différentes versions des pièces auparavant, il est difficile de juger cet album avec les standards actuels. D’un côté, la sortie inattendue de l’album et sa pochette (particulièrement la police d’écriture) ne rend pas justice aux nombreuses images « mong » que l’artiste avait cumulée au fil des années. Nous avons l’impression que le visuel a été réalisé bénévolement dans le cadre d’un projet parascolaire question d’épargner les coûts. Néanmoins, il est agréable de voir qu’un projet aussi longtemps attendu puisse enfin voir le jour. Peut-être que son nouveau « réseau saucial » (www.mclasauce.com) la ramènera à la saveur du mois.



Par: Ghetto Érudit

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