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Manu Militari - Marée Humaine

Mettons cartes sur table immédiatement. Le troisième album de Manu n’est pas son meilleur, mais quand c’est bon à ce point, cela importe peu. En effet, quand le travail est aussi bien accompli il devient difficile de réellement faire une classification sur une autre méthode de mesure que celle de nos goûts personnels.



Marée humain est le troisième classique de Manu. Trois en trois, ce n’est quand même pas très loin de la perfection. Si jamais on mettait les 10 plus grands fans de Manu dans la même pièce, il serait probablement très difficile de trancher sur lequel de ses trois opus est le meilleur de la trilogie.

Marée humaine, contrairement aux deux albums précédents, permet toutefois de faire état de trois choses. Premièrement, Manu sera toujours Manu. Il reste fidèle à lui-même, il ne cherche pas à réinventer la roue et ne veut certes pas s’éloigner trop drastiquement de ses zones de confort. Deuxièmement, quoiqu’il reste fidèle à sa recette gagnante, Manu nous offre un album plus recherché, plus travaillé et on sent qu’une certaine exploration était de mise pour l’écriture et le choix des musiques. Finalement, Manu a vieilli et il a bien vieilli. La maturité de son propos est plus que jamais surprenante. Il est passé de l’état de rebelle avec une cause plus ou moins définie à un état d’homme de réflexion qui se plait à analyser le monde, à douter d’un millier de trucs et à se questionner sur tout, y compris sa propre personne.

Marée humaine permet également de démontrer que Manu, aussi calculateur qu’il semble parfois l’être dans son approche par rapport à la musique et à l’industrie, est tout aussi humain que tous les autres MC de ce monde. Il n’est pas parfait et il s’en est rendu compte au fil du temps. Manu est désormais tout à fait conscient de ce qu’il représente dans l’industrie du rap québécois, de ce qu’il veut en tirer et de ce qu’il ne pourra jamais obtenir. Ses doutes d’homme sont dévoilés au grand jour grâce à une plume sincère et extrêmement sensible à ses propres émotions.

L’album mérite une note près de la perfection. Si ce n’était du choix de deux ou trois instrumentaux un peu douteux et de la chanson Rime organisé plutôt décevante (c’est le premier texte de ce grand artiste que je trouve littéralement anodin), je n’aurai d’autre choix que d’accorder un 100% à ce petit bijou du rap québécois.

Finalement, je sais que plusieurs fans sont encore accrochés à ma phrase d’ouverture et qu’ils n’ont pas encore avalé que je dise que cet album n’est pas son meilleur. Consolés-vous car même si je crois que cet album n’est pas son plus grand chef d’œuvre, je me dois de crier haut et fort que ses meilleures chansons à vie se retrouvent sur cet opus. Roi de la jungle pour ses paroles d’un calibre qui sera difficilement égalé par qui que ce soit d’autre et une instrumentation tout à fait incroyable, Esclave en fuite pour toute la vérité qui lui sort des trippes et pour la justesse du propos post-L’attente et Je me souviens pour l’incroyable lucidité de l’artiste et cette capacité presque surhumaine de faire la part des choses.

Bravo Manu!!



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