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Izzy-S : quand la rue s’exprime

Vous le savez probablement déjà mais Izzy-S a été l’un de nos coups de cœur de 2016 et c’est pour cette raison que nous lui avons accordé notre artiste du mois de février 2017. Nous avons décidé de lui donner cette place parce que c’est un jeune rappeur qui déjà à son âge fait énormément de bruit. Il s’agit d’un artiste au flow mélodieux et à la rime à la fois street et réfléchie. Un MC bien de son temps qui semble devenir un véritable porte-parole pour les jeunes de son quartier. Le hip-hop montréalais retrouve présentement ses lettres de noblesse et Izzy-S fait partie de cette génération de rappeurs qui contribuent grandement à une nouvelle explosion dans ce créneau. Nous vous avions promis un portrait exclusif de cet artiste de St-Michel, signé chez 7 ave Records. Voici un petit survol de sa carrière suite à un entretien que nous avons eu avec le rappeur.



Un jeune prodige 

La communauté hip-hop a été prise de court lorsque nous avons appris que Izzy-S avait seulement 19 ans, alors qu’il faisait cet aveu dans la chanson Ma Mélodie : « J’ai 19 ans, j’ai vendu comme jamais ». Or, quoique son âge puisse laisser croire qu’il s’apprête à peine à sortir de l’adolescence, il ne suffit que d’un court entretien téléphonique pour réaliser que le jeune homme a bien du bagage et est loin d’être un débutant. 

 « Le rap m’a un peu été imposé. J’suis un gars de St-Michel, alors j’entendais beaucoup 7 ave. Bilo da Kid, Fuccè et Sadik, c’est les noms qui ressortaient le plus. Déjà à 8 ans, j’écoutais le Connaisseur mais, surtout, beaucoup de Sadik. Je connaissais sa musique par cœur. » avoue-t-il. 

Le rappeur Karma, de passage à nos bureaux, nous racontait justement qu’il a été témoin de cette réalité : « La première fois que je suis allé donner un atelier d’écriture dans une école à St-Michel, j’ai été surpris. Les kids me disaient qu’ils écoutaient seulement du rap de leur coin. Sadik et Fuccè revenaient beaucoup. C’est la première fois que j’entendais ça. Ça avait l’air honnête, mais je peux comprendre ; les gars rappent leur réalité. » conclut-il. 

« Personne le sait, mais j’avais 15 ans quand j’ai enregistré DopeBoy, mon premier son qui a cartonné. Je l’ai gardé dans mon ordinateur pendant deux ans. Un moment donné, j’ai dit à Link Parker (PavFilms) que je voulais faire une vidéo. Il voulait une chanson, mais j’avais rien... J’ai réécouté ce beat-là et je me suis dit : « fuck, c’est solide. » ! On l’a fait en vidéo lorsque j’avais 17 ans. » confie Izzy-S, heureux de nous partager quelque chose que peu de gens savent. 

« Le premier DopeBoy, je l’ai sorti avant d’entrer en incarcération et les gens à Montréal ont commencé à me connaître pendant que j’étais en-dedans. Mes beats jouaient beaucoup dans le quartier. » poursuit-il.


« C’est comme ça que j’ai connecté avec Bilo da Kid, parce que je me tenais avec les vieux du quartier, puis ce sont ses gars aussi. » révèle-t-il. 

Rappelons que Bilo da Kid est le rappeur le plus associé à 7 ave Records. Le jeune MC sortira Bando vol. 1, sa deuxième mixtape sur cette étiquette indépendante, le 12 mars prochain, le jour de son 20e anniversaire. « J’aime la musique, alors le meilleur cadeau que je puisse me faire, c’est me donner de la bonne musique » avoue le jeune rappeur. 

« Bando vol.1, c’est très rap, mais vous allez voir que je suis versatile. C’est une mixtape colorée. Je vais rapper la rue comme elle est. Je vais pas me cacher, ni me concentrer sur des métaphores comme à l’habitude. Quand je vais parler, il ne va pas y avoir deux façons de comprendre. » conclut-t-il à propos de son projet à venir. 

Rappeur montréalais, mais pas nécessairement québécois


Lorsqu’on lui parle de rap local, Izzy-S semble quelque peu amer, mais il demeure très confiant pour la suite des choses. Le rappeur est conscient de son buzz, mais il pense que le hip-hop québécois ne lui montre pas assez d’ouverture. 

 « Personnellement, je trouve que je ne fais pas de rap québécois. Les rappeurs québécois ont bâti une « culture » et je me retrouve pas vraiment là-dedans. Je rep Montréal et mon quartier St-Michel. Puis, je représente le Québec aussi, mais je trouve que la scène locale est un peu fermée. Alors que si je réussis, c’est pour Montréal. Je n’ vois pas en quoi ça pourrait nuire. 

C’est aussi pour ça que je sors des mixtapes plus que des albums. Tu dois avoir des contacts dans le rap québécois. Des gars comme Enima, Lost ou moi dominent en ce moment, mais personne vient nous voir. Nos CDs, on est obligé de les vendre à nos patnè puis les gars du quartier. C’est le hustle, on va pas commencer à chialer, parce qu’on fait nos trucs, mais la scène privilégie des artistes qui le méritent pas plus que nous. Je suis capable de remplir des salles. À chaque fin de semaine, j’ai des tracks qui jouent dans des clubs à Montréal. On a des gros chiffres en streaming. Les autres artistes, ils n’en ont pas. Zéro. Alors qu’ils ont beaucoup plus de promotion que nous. C’est tout ce qu’il me manque. De la promotion. 



Malgré tout ça, je trouve qu’on s’en sort bien. J’ai une petite équipe derrière moi. À la fin de la journée, on se débrouille avec ce qu’on peut faire et je pense que c’est de cette manière-là qu’on va réussir. 

Peut-être qu’ils ne veulent pas entendre des talk de la rue. Pourquoi quelqu’un qui a réussi viendrait voir un gars de la rue comme moi? Nous, on sort de nulle part, puis on rap ce qu’on a vécu. Sûrement que c’est trop dur pour les oreilles. Peut-être qu’ils veulent cacher ce qu’on fait ou qu’est-ce qu’on dit. Mais un jour ou l’autre, on va se faire entendre pis personnellement, c’est là que je vais le dénoncer. » 

 N’en déplaise à l’industrie, Izzy-S dérange le cours normal des choses en ce moment. Il fait partie de ce petit groupe select de MC qui semblent recevoir assez de love de la part de ses pairs et du public pour se frayer un chemin par ses propres moyens. L’ouverture envers le rap de la part des l’industrie lui donnera peut-être la chance d’être le coureur de tête de tout une portion du rap montréalais qui mérite pleinement l’attention du fan typique de rap francophone. Du moins, du côté de l’équipe HHQc, nous lui souhaitons la meilleure des chances.


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Par: SDG

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