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White-B : tout risquer avec la musique

En pleine ascension, White-B reste vigilant sur « Confession risquée », nouvelle mixtape qui parait dans une période assez mouvementée de sa vie.



Rejoint le jeudi 2 novembre à son restaurant Chez Dido, situé coin Viau et Rosemont, le rappeur semble tout particulièrement enthousiaste. Il y a quelques heures à peine, le lancement de son tout premier projet solo avait lieu ici-même. «Sérieusement, on s’est fait dévaliser!» dit-il, en parlant autant de ses effectifs musicaux que de ses ressources alimentaires. «Y’avait beaucoup de monde… Beaucoup plus ce que j’avais imaginé.»

En ce jeudi soir pluvieux, l'ambiance est toute autre. C’est l'accalmie après la tempête. Copropriétaire de l'établissement ouvert il y a quatre mois, White-B ne peut malheureusement pas s'y investir comme il le voudrait. «Du à certaines situations, je ne peux pas travailler ou venir seul ici. Il y a certaines affaires qui se sont passées dont je ne peux pas trop parler...» explique-t- il, vague, avant de dire que, jusqu'à tout récemment, il n'avait pas de dossier criminel. «En ce moment, j'ai l'impression que la police fait tout pour faire fermer [le resto]. Ils envoient toutes sortes d'inspecteurs.»



Conscient des dangers qui le guettent, le Montréalais de 22 ans n'aurait pas pu choisir un meilleur titre pour sa mixtape. Témoin du sort qu'a connu son complice Lost, actuellement derrière les barreaux, l'artiste sait que sa musique est écoutée à la fois par ses fans et le service de police, qui considère son collectif 5sang14 «comme un gang de rue».

«Malheureusement, ils utilisent notre musique contre nous. Au lieu de voir notre intention artistique, ils nous voient comme des délinquants et prennent nos métaphores comme de la violence pure. Ils ont même été jusqu’à ressortir en cour une phrase de Lost, ‘’les témoins disparaissent comme si c’était le procès de Houdini’’ , car l’un des témoins avait décidé de ne plus venir témoigner. Ça n’a pas passé en fin de compte, mais quand même, c’est n’importe quoi!» s’exclame-t- il, avant de nuancer son propos.

«Mais bon, c’est vrai que, dans le temps, on prenait moins nos précautions. On était jeunes, fous, insouciants. On montrait des armes à feu dans nos clips. Maintenant, on fait des affaires legit. Oui, on fume du pot, mais qui le fait pas? On commence à être des grosses têtes sur la scène et on veut se concentrer sur la musique plutôt que sur autre chose. On a fait des erreurs et on doit se racheter. Par contre, j’ai l’impression, c’est ce qu’ils ne veulent pas…»

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Pourtant, les paroles de White-B sont teintées de réflexions lucides qui versent davantage dans le constat que la glorification. Si certains textes comme S’envoler apparaissent légers, quelque peu frivoles, d’autres comme Prise de conscience ou Confession risquée entrent dans la catégorie galvaudée du rap conscient. Malgré la réputation qu’elle a actuellement, cette étiquette est revendiquée par le rappeur. «Je vois ma musique comme un avertissement aux jeunes. C’est le récit de notre de mode de vie, celui des frères qui rentrent dans le jail, de ceux qui meurent, s’en vont, trahissent. C’est pas une morale, mais bien une mise en garde pour éviter que d’autres tombent dans ce que nous on est tombés. Évidemment, certains préfèrent le voir autrement…»


Ennuis en spectacle 



Ce décalage de compréhension a maintenant des conséquences bien réelles. En septembre dernier, un de ses spectacles avec KGoon au Belmont a été annulé à quelques jours de préavis. «Ce que je me suis fait dire, c’est que la police a dit au promoteur que le show pouvait avoir lieu, mais qu’il y aurait 30 chars de police devant le bar. Selon [les agents de la paix], valait mieux annuler le spectacle afin de garder la paix sur Saint-Laurent. Comme si avec l’action qui se passe déjà sur cette rue-là, un show de White-B aurait changé quelque chose!»


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Auparavant, un autre pépin avec les services de l’ordre l’avait passablement accablé, cette fois en plein spectacle. «Ils sont venus couper le son d’une chanson à minuit pile, car les shows dans les salles louées doivent finir à cette heure-là. Sérieusement, c’est dans des situations comme ça que
tout peut mal tourner d’un seul coup. Certains fans avaient des billets V.I.P à 60$, et ils n’ont jamais pu rencontrer les artistes après le show comme prévu. Heureusement que Lost était là pour sauver la soirée en continuant à rapper a capella.»


Ces fâcheux évènements minent sans aucun doute la carrière pourtant florissante du rappeur, qui accumule les centaines de milliers de vues sur Youtube. «Pour le prix qu’on est payés, ça vaut vraiment plus la peine [de faire de shows]. Au-delà de ça, y’a aussi le fait qu’on vient d’un environnement où il peut se passer n’importe quoi, où les risques sont nombreux. En plus de tout ça, y’a la police qui fait chier et qui peut décider d’intercepter tout le monde.»

À l’avenir, White-B compte prioriser les spectacles d’envergure. Le 14 janvier, il aura d’ailleurs la chance d’assurer la première partie du très populaire rappeur français Niska à L’Olympia de Montréal. «Vu que c’est un gros artiste, c’est impossible que la police arrête ça!» estime-t- il, visiblement emballé.


Crédit photo : Alex Dilem


Autrement, 2018 sera marquée par la sortie de d’autres clips et projets, encore peu définis à ce jour. Chose certaine, White-B assure qu’il sera là, à l’extérieur, lorsque son acolyte Lost sortira de prison. «Il revient dans cinq mois, en avril... D’ici là, on continue. On lâche pas la ville.»




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Par: Olivier Boisvert-Magnen

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